L'hindouisme à La Réunion

Marche sur le feu

Une tradition tamoule.

De tous les rites tamouls, le plus spectaculaire est sans aucun doute la marche sur le feu.
A La Réunion, nous avons encore la chance de pouvoir être spectateur de cette pratique mystique car il est devenu assez rare de pouvoir y assister car peu d’endroits dans le monde continuent de perpétuer la tradition.

La marche sur le feu consiste à marcher pieds nus sur des braises sans se brûler la plante des pieds, afin de montrer la suprématie de l'esprit sur le corps ainsi que la force qui peut jaillir d'une énergie collective.
Aujourd’hui, la communautétamoule représente environ 25% de la population réunionnaise et fait partie intégrante de la culture créole à laquelle elle ajoute un peu plus de couleurs avec ses rites et ses traditions.

Marche sur le feu, bougie
Marche sur le feu, coco

Pandialé, victime d’hier et héroïne d’aujourd’hui

Comme derrière tous les cultes hindous, se cachent des mythes et des légendes, souvent controversés mais également d’un enseignement profond.
Le rituel de la marche sur le feu viendrait de la version tamoule du Mahâbhârata (livre sacré de l’Inde) et plus précisément de l’histoire d’une des figures féminines essentielles : la princesse Draupadî, fille du roi Draupada, également appelée Pandjalî ou Pandialé à La Réunion.

Pandialé épousa Arjuna, fils de la famille des Pandavas, mais une fois dans sa nouvelle famille, la princesse fut partagée entre les cinq frères. Elle endossa alors le rôle d’épouse pour les cinq frères et devint par la suite esclave des Kauravas, ennemis des Pandavas, car l’un des frères l’avait perdu à un jeu de dés. Elle fut maltraitée mais elle bénéficiait de la protection des dieux et les frères Pandavas jurèrent de venger son honneur.

Après 13 années d’exil, une guerre éclata entre les deux clans et de nombreux hommes moururent. Les Pandavas ressortiront vainqueurs de cette bataille acharnée et lorsque Yudhisthira (un des cinq frères Pandava) devient roi de Hastinapur à la fin de la guerre, Pandialé devient reine.

A la fin du Mahâbhârata, on apprend que Pandialé était une incarnation de la déesse Shri, déesse de la prospérité. Elle conservera l’image d’une femme d’une grande beauté et d’une grande piété.
La marche sur le feu sera ensuite pratiquée dans le but de se purifier et d’honorer cette déesse. Pandialé elle-même, ayant eu l’obligation de rester pure, avait dû marcher pieds nus sur des braises brûlantes à chaque fois qu’elle changeait de mari pour prouver sa chasteté et sa fidélité. Elle fut longtemps jugée et qualifiée tantôt de victime et tantôt de séductrice, certains la considéraient même comme la cause de la guerre. Aujourd’hui, elle est adulée et fait partie des plus grands personnages du Mahâbhârata.

Un spectacle à la portée des Réunionnais

A La Réunion, il est possible de découvrir la culture tamoule dans toute sa splendeur, notamment dans la région de Saint-André où la communauté tamoule est majoritairement présente. Les principales marches sur le feu ont lieux entre décembre et janvier, mais il est possible d’y assister en cours d’année, au mois de février, avril, juillet et août.

Le rituel de la marche sur le feu est l’aboutissement d’une préparation mentale et physique. Avant d’accomplir ce rite, les pénitents se purifient pendant un carême d’une vingtaine de jours. Il s’agit d’une période de privations (jeûne végétarien, abstinence sexuelle) et de prières. Ils vont également s’imprégner des mythes liés à leurs actes en se rendant aux temples chaque soir, où des récits et des représentations sont donnés.

Le jour de la cérémonie, on creuse un trou appelé Tikouli où des braises et des cendres sont étalées. C’est cette fosse que les marcheurs vont traverser dans un état mystique.
Le Palkouli (fosse de lait) est le bassin dans lequel les marcheurs trempent leurs pieds après avoir traversé le Tikouli.

Par l’accomplissement de cet acte, ils cherchent à prouver aux hommes et aux dieux qu’ils sont dignes du vœu qu’ils souhaitent voir se réaliser. Après la spectaculaire épreuve de marche sur le feu, les pénitents se dirigent vers l’océan ou la rivière pour achever le processus de purification.

Costumes blancs, fleurs orangées et pourpres, saris hauts en couleur et percussions.

Il n’est pas rare de tomber par hasard sur une cérémonie. Faites alors preuve de respect et de discrétion et profitez de ce spectacle unique et émouvant.

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